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Collège Les Quatre Vents
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Le collège les quatre vents à l’Arbresle (Rhône), à 30 km de Lyon. Le site est destiné aux élèves, parents d’élèves, aux enseignants et aux différents personnels du collège.

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Matin Brun, Franck Pavloff, 1999
Article mis en ligne le 13 mai 2016
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Voici l’analyse de l’oeuvre Matin Brun de Franck Pavloff :

Introduction
Frank Pavloff est un écrivain français né en 1940. Spécialiste en psychologie et en droit des enfants
il s’est engagé dans de nombreuses associations et a participé à de nombreuses missions
humanitaires à l’étranger. Il partage son temps entre la justice et l’écriture et il s’est surtout fait
connaître grâce à sa nouvelle Matin Brun qui a rencontré un succès rapide et international. Il a
imaginé cette nouvelle au moment des élections régionales de 1998 et des alliances politiques entre
la droite et l’extrême-droite, elle a d’abord été éditée par Actes Sud dans un recueil paru à l’occasion
du salon du livre antifasciste de Gardanne.
Franck Pavloff se rendait régulièrement au collège Cévenol du Chambon-sur-Lignon dans lequel il
étudiait plus jeune. Il y rencontra l’éditeur Jean-François Manier auquel il confia Matin brun.
L’éditeur hésita longuement sur la forme en prose et la commercialisation mais, frappé par le texte,
il décida finalement de le publier en petit livre à 1 euro, une somme symbolique reflétant la volonté
militante de l’auteur (qui renonça à ses droits) et de l’éditeur.
Il est important de vous résumer rapidement l’histoire : le narrateur et son meilleur ami, Charlie,
mènent une vie tranquille en pleine période de trouble, la montée d’un régime politique extrême,
l’Etat Brun. Par égoïsme et par lâcheté, les deux protagonistes ne se préoccupent pas des lois
instaurées et s’accommodent de ce nouveau système. Leur passivité et leur individualisme les
conduisent à leur propre arrestation.
La nouvelle montre la mise en place progressive d’un Etat Totalitaire, « l’Etat Brun »

I. Un titre et une première de couverture symboliques
1) La couverture
L’illustration, très simple, représente une croix sur fond brun. Cette croix semble prendre un sens
péjoratif, symbole de ce que l’on barre, et rappelle aussi la svastika (ou croix gammée), symbole de
la dictature hitlérienne.
La couleur brune renvoie dans un premier temps à l’idée de saleté, mais aussi à des références
historiques telles que « la peste brune », le surnom donné au nazisme pendant la seconde guerre
mondiale et aux « chemises brunes », nom donné aux SA (section d’assaut nazie) en raison de la
couleur de leur uniforme. La Sturmabteilung ("Bataillon d’Assaut") abrégée SA était une
organisation paramilitaire du parti nazi. Les SA ont joué un rôle important dans l’accès au pouvoir
d’Adolf Hitler et sont souvent appelés « chemises brunes » en raison de la couleur de l’uniforme
qu’ils portaient. Hitler a créé les SA en réunissant d’anciens combattants et des officiers mécontents.
Ils faisaient office de service d’ordre lors des rassemblements du parti nazi, et furent à l’origine de
nombreux actes de violences dans les années 1920, ces violences culminant lors de la nuit de Cristal
qui se déroula du 9 au 10 novembre 1938. Le massacre fut ordonné par le chancelier du Reich,
Adolf Hitler. Sur tout le territoire du Reich, près de deux cent synagogues et lieux de culte furent
détruits, 7 500 commerces et entreprises exploités par des Juifs saccagés ; une centaine de Juifs
furent assassinés, des centaines d’autres se suicidèrent ou moururent suite à leurs blessures et près
de 30 000 furent déportés en camp de concentration : au total, le massacre et les déportations qui le
suivirent causèrent la mort de 2 000 à 2 500 personnes. En provoquant cette première grande
manifestation de violence antisémite, les nazis voulurent accélérer l’émigration des Juifs, jugée trop
lente, en dépit de la politique de persécution et d’exclusion mise en oeuvre depuis février 1933.
2) Le titre
Outre la référence historique aux régimes nazis et fascites, cette expression est antithétique et
pessimiste : un mauvais jour se lève

II. Un texte politique et engagé
1) La milice
Une milice est une police parallèle créée pour maintenir l’ordre. Les milices mussoliniennes ou
nazies apparaissent ici comme référent historique. Notre mémoire collective réactive aussi la milice
française, police responsable de l’arrestation de milliers de juifs pendant la seconde guerre
mondiale.
2) Les lois

  • Tuer son chat
  • Tuer son chien
  • Disparition du Quotidien
  • Censure des livres
  • Changement de langage
  • Tuerie du chien du petit garçon en pleine rue
  • Arrestation de Charlie
  • Arrestation du narrateur
    C’est donc un régime totalitaire qui se met en place avec ses mesures classiques : tests de sélection,
    eugénisme, censure, lois arbitraires, délations, puis arrestations.

III. Une structure qui participe au sens
1) Une structure elliptique
La nouvelle est organisée en une succession de paragraphes qui commencent presque tous par un
indicateur temporel (« quelques temps après », « hier », « ce matin » etc)
La nouvelle a une structure elliptique car les événements qui pourraient se dérouler entre chaque
paragraphe sont passés sous silence.
On remarque, qu’au fur et à mesure que l’on avance dans la nouvelle, le laps de temps qui s’écoule
entre chaque paragraphe est de plus en plus court, de même concernant la taille des paragraphes et
des phrases qu’ils contiennent.
Le rythme de la nouvelle est de plus en plus rapide et cela participe à la création de la tension
dramatique. Celle-ci atteint son apogée à la fin de la nouvelle qui se termine dans le suspens : le
narrateur, qui entend frapper à sa porte, va-t-il se faire arrêter lui aussi, comme son ami Charlie ?
2) Deux personnages seulement
Toujours dans l’optique d’une économie de moyens propre à la nouvelle, celle-ci ne met en scène
que deux personnages : le narrateur et son ami Charlie. Tous deux sont des personnages ordinaires,
qui mènent une vie ordinaire et ont des activités ordinaires : discuter autour d’un café de sujets peu
importants, jouer au tiercé, lire la rubrique sports du journal, jouer à la belote en buvant des bières
etc, bref, ils s’apparentent davantage à des anti-héros. Mais cette banalité des personnages est
voulue, car combinée à l’absence de description physique, à l’utilisation d’un registre familier et du
point de vue interne, elle permet au lecteur de s’identifier au personnage, l’auteur aura donc plus de
facilité à lui transmettre son message…
3) Le cadre spatio-temporel
Pavloff ne précise aucun lieu et aucune date, aucun contexte historique précis afin de donner à sa
nouvelle une dimension universelle et une valeur d’apologue. Il se concentre sur le passage d’un
régime politique extrême à un régime politique totalitaire. Le récit est très court, fulgurant à l’image
de la rapidité du phénomène décrit (rappelons qu’Hitler installe démocratiquement son régime nazi
en moins d’un an...)
Face à la mise en place des « lois brunes », l’attitude et les sentiments des personnages évoluent
tout au long de la nouvelle. Le narrateur et son ami Charlie sont tout d’abord dans une posture
d’acceptation teintée d’insouciance : ils ne s’opposent pas à cet « état brun » simplement parce
qu’ils ne veulent pas d’ennuis et qu’ils choisissent la solution de facilité : accepter pour être
tranquilles. Mais à mesure que les « lois brunes » deviennent de plus en plus contraignantes et
injustes, le doute s’immisce dans leur esprit. Il faudra que son ami soit arrêter pour qu’il prenne
enfin conscience de la dangerosité de ce système et regrette de ne pas s’être révolté, laissant alors la
peur prendre le pas sur l’insouciance (« J’aurais dû me méfier des Bruns dès qu’ils ont imposé leur
première loi sur les animaux. »)

Conclusion :
La société qui se met en place progressivement dans la nouvelle est une société dans laquelle
l’uniformisation, la pensée unique, le totalitarisme s’installent en raison du manque de courage et de
l’individualisme des personnages.
« Matin Brun » est donc un apologue qui, à travers une histoire anecdotique, souhaite faire
comprendre au lecteur les dangers de l’indifférence et des lâchetés individuelles qui font de chacun
de nous des collaborateurs de ces systèmes. Dans le contexte de la montée de l’Extrême Droite en
1998 en France, l’auteur invite le lecteur à résister contre les extrémismes et à se poser la question
suivante : « Dans votre vie de tous les jours, quel que soit votre âge, que faites-vous pour empêcher
qu’adviennent ces matins bruns de sinistres mémoire ? »


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